Brigitte Drumez

Une championne dans sa catégorie qui a toujours « des étoiles dans les yeux »..

La qualifier de « guerrière » serait inadapté au terrain sur lequel elle évolue : celui de la solidarité et de l’aide. On peut cependant la dire « battante », et, aujourd’hui, on peut très officiellement la qualifier de « gagnante ». Brigitte DRUMEZ est, pour beaucoup de supporters de l’ESBVA-LM, une des fidèles parmi les « Z’hurlants », mais elle est d’abord la présidente de l’association « Des étoiles dans les yeux ». Le 19 juin 2013, à la mi-temps de France-Croatie, lui a été remis le trophée « jouer ensemble » de l’opération nationale  « femmes sur tous les terrains » lancé par la FFBB (on la voit ici, lors de sa remise de récompense, entre Sarah Pitkowski et Isabelle Fijakowski, représentant le comité d’organisation). L’interview qui suit a été réalisée avant que ne soit connue la nouvelle.

Brigitte DRUMEZ Les etoiles dans les yeux

Brigitte DRUMEZ Les etoiles dans les yeux


Brigitte, est-ce que vous pouvez nous parler un peu de l’association que vous avez créée et que vous animez : « Des étoiles dans les yeux »  

Pour être précis, elle a été créée en 2007, par un groupe de copains qui avaient été touchés par la maladie ou le décès d’un enfant. Personnellement, j’ai eu sept enfants. En 1976, l’un d’entre eux est décédé à trois mois de la mort subite du nourrisson, et un autre, qui a aujourd’hui trente-trois ans, est handicapé. C’est une association dont le but est d’améliorer le quotidien des enfants malades en milieu hospitalier. L’hôpital n’est pas seulement un lieu de soins, mais aussi un lieu de vie. En fait, nous faisions déjà partie d’une association, mais nous étions plusieurs à ne pas en être satisfait, alors nous sommes partis pour créer la nôtre. Nous avons d’entrée, rédigé une « charte morale » : aucun partenariat avec des structures économiquement intéressées au marché des hôpitaux, ni avec des entreprises qui ne sont pas cohérentes avec notre programme (nous sommes par exemple dans le Programme National Nutrition Santé, qui tourne, entre autres, autour des questions de surcharge pondérale, de diabète, d’asthme etc…donc certaines boissons sucrées ne sont pas compatibles avec nos objectifs). 

« Des étoiles dans les yeux », c’est joli : d’où vient ce nom ?

La période où nous avons choisi le nom a été longue et, après coup, drôle. On avait des propositions diverses, et on n’arrivait pas à se mettre d’accord, et c’est à force de m’entendre répéter (c’était plutôt un tic de langage qu’autre chose) que « les enfants, quand on fait des trucs avec eux, on a l’impression qu’ils ont des étoiles dans les yeux », que quelqu’un a dit : eh bien voilà, on va appeler ça « des étoiles dans les yeux ». 

Le sport semble tenir une place très importante, dans votre démarche. 

Enorme. Si j’ai toujours eu la fibre des enfants et la fibre associative, j’ai aussi, depuis très longtemps, eu la fibre sportive. J’ai une fille, Juliette, qui a été sportive de haut niveau en lutte. Je l’ai accompagnée autant que je pouvais, j’ai même crée une section UNSS lutte dans son collège. Alors, c’est vrai que je me suis tournée naturellement vers les sportifs et sportives pour rendre visite aux enfants qui souffrent à l’hôpital. J’ai rarement été déçue. Et puis, ils peuvent partager un truc : se battre pour surmonter les difficultés. 

D’où la partie de votre activité qui repose sur  des salles de sport, que vous créez, à l’hôpital. Ca a commencé quand et où ? 

C’est en 2009 que, pour l’hôpital de Roubaix, nous avons transformé pour la première fois une salle vide en salle de sport. Il me paraissait important de prendre en charge les enfants par le biais des Activités Physiques et Sportives. J’adhère totalement au slogan « sportez vous bien ». J’ai contacté un architecte que j’avais connu au Lycée, qui nous a conçu un beau mur en graphe, il a fallu acheter le matériel, trouver des encadrants (grâce, principalement aux étudiants de la filière APA du STAPS). Aujourd’hui, nous avons ouvert 4 salles (en plus de Roubaix: Seclin, Douai, Valenciennes), et deux sont en cours de réalisation à Calais et Lyon (mais nous souhaitons ne pas nous disperser, donc les salles hors région resteront des exceptions). Il faut noter que ce sont les hôpitaux qui nous appellent. On ne fait pas de démarchage. On n’a rien à vendre. 

Vous avez rapidement trouvé, dans le monde sportif, des parrains prestigieux. Il est sans doute impossible de les citer tous, mais peut être les plus emblématiques à vos yeux… 

On parle ici de parrains véritables, ceux qui ne se contentent pas de donner leur nom, mais qui ont donné vraiment de leur temps. Le numéro un, pour moi, c’est Claude Puel. Il a été formidable. Aujourd’hui, il est géographiquement loin, mais il continue à m’appeler souvent et à venir chaque fois qu’il peut, même quelquefois sans que ce soit su. Je veux évoquer aussi Daouda Sow, vice-champion olympique 2008 de boxe, Arnaud Demeester, le multiple vainqueur de l’enduro du Touquet, Laurent Thirionet, plusieurs fois médaillé en cyclisme aux jeux paralympiques… mais vous avez raison : il y en a bien d’autres, trop pour que je les cite tous. J’ajoute un super souvenir de Nathalie Dechy, rencontrée à l’open de Tennis de Denain, et je demande pardon à celles et ceux que j’oublie. Et puis les basketteuses de l’ESBVA-LM 

Justement, parlons-en : et l’ESBVA, dans tout ça ? Comment vous vous être retrouvée là ? 

Ma rencontre avec l’ESBVA s’est faite par le biais de ma fille Juliette (la lutteuse) qui préparait son bac avec Fatimatou Sacko. Elles ont parlé, puis j’ai contacté Fati qui a, instantanément accepté d’être marraine. Aujourd’hui encore, même si elle est loin, Fati m’appelle très souvent pour prendre des nouvelles de l’asso, et je sais que si j’ai besoin d’elle, elle sera là. 

Très vite, une autre joueuse s’est impliquée fortement dans l’asso, c’est Laurie Datchy. Elle a même fait des activités qui n’avaient plus rien à voir avec le sport et sans que les autres le sachent (elle a accompagné des enfants dans des sorties au parc etc.). Elle n’était plus, alors, joueuse de Basket, juste une bénévole. Je dois dire que, avec la bénédiction de Carmelo, j’ai toujours eu un soutien très fort d’Abdou dans cette activité, et je suis heureuse que Fred continue dans cette voie. 

Après, pour revenir sur mon cas personnel, le club nous a beaucoup invité, a invité les familles d’enfants malades, donc j’ai commencé à voir des matchs. Le basket féminin de haut niveau m’a émerveillé. C’était un plaisir que je n’imaginais pas d’assister aux matchs, dans l’ambiance du Palacium. Je suis devenu accro bien au-delà de l’association. Je fais maintenant partie des z’hurlants et je fais, chaque fois que je peux, des déplacements.  Mais pour moi, c’est complémentaire de l’asso par le biais d’une notion : le plaisir. 

Et puis c’est important de dire que l’ESBVA-LM, ce n’est pas seulement l’élite, ça apporte du plaisir à des tas de publics, et ça me plait. 

Un quotidien rempli d’un bénévolat comme celui-là au service des autres, j’imagine que ce n’est jamais la routine, mais si tu devais dégager un ou deux moments qui t’ont particulièrement émus ? 

Je pense immédiatement à deux grands souvenirs :

Il y a deux ans, à Jeanne de Flandres, cette joueuse qui s’était assise au bout du lit d’un enfant qui était maintenu en traction par des poids, qui était très déprimé et qui pleurait. Elle seule a pu lui remonter le moral : elle lui a montré son genou qui avait été opéré récemment et qui portait les cicatrices et lui a dit « tu vois, moi aussi j’ai été opéré et on m’a dit que je ne rejouerai sans doute pas, eh bien, je rejoue ». Les parents m’ont appelé ensuite pour me dire à quel point ça lui avait fait du bien. 

L’autre est tout récent, c’était il y a quelques mois, toujours à Jeanne de Flandres : lors de la visite, à un moment, on avait perdu Jennifer Digbeu. On l’a retrouvée : elle était rentrée d’elle-même dans une pièce où elle avait vu un nouveau-né (6 mois) qu’on avait « oublié » dans notre tour. Elle était près du lit et jouait avec lui. C’était un moment incroyable de tendresse, et qui n’était aucunement programmé.

Et puis, sur un plan moins ponctuel, une autre satisfaction, a été cette jeune qui nous a été envoyé par un médecin comme patiente, qui a découvert le sport avec nous, et qui, aujourd’hui, à treize ans joue en club (de basket) 

Un mot de conclusion ? 

Souvent, à la fin des visites, on nous demande « quand est-ce que vous revenez ? ». C’est notre carburant : l’envie de continuer, l’envie de revenir, l’envie de poursuivre l’aventure, avec l’ESBVA-LM et avec d’autres, pour qu’encore plus d’enfants qui traversent des épreuves terribles gardent « des étoiles dans les yeux ».

Brigitte Drumez was last modified: juin 2nd, 2015 by Marc Delgrange

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