Olivier Dhalluin : « Je n’ai jamais pris autant de plaisir à entraîner »

Dans le sillage de l’équipe professionnelle, le Centre de Formation de l’ESBVA-LM est l’autre satisfaction de la saison. Les Espoirs (appellation officielle : U20) ont raté de peu les phases finales, mais l’autre « perf » vient des Cadettes (ou U18) qui accèdent (en le validant même plusieurs semaines avant les « pros ») au final four de leur catégorie, en compagnie de Lyon, Mondeville et Montpellier (voir le compte rendu de leur saison sur la page U18). Quelques jours avant leur départ pour Roquebrune Cap Martin, c’est l’occasion d’un coup d’éclairage sur ce groupe qui illustre bien que l’ESBVA-LM c’est « plus qu’une équipe ». Rencontre avec le coach des « Mini-Guerrières » : Olivier Dhalluin.

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L’ESBVA-LM y sera !

Olivier, les U18 du Centre de Formation de l’ESBVA-LM arrivent au point culminant d’une bien belle saison. Quels en ont été, selon toi, les ingrédients ?

Ça pourra paraître paradoxal mais, si on veut comprendre la dynamique de l’équipe cadette de cette année, il faut revenir un an en arrière. Quand je suis arrivé, au début de saison 2014/2015, c’était censé être dans le cadre d’une coopération territoriale de clubs (CTC) rassemblant Villeneuve d’Ascq, Armentières (les deux clubs avaient déjà monté une équipe U17 commune la saison précédente), plus, éventuellement, Wasquehal (où j’entraînais alors). Ça devait être une méga équipe, mais, comme on le sait, ce projet a capoté, ce qui a provoqué pas mal de problèmes. Le premier, c’est que toutes les cadettes qui étaient originaires d’Armentières, y sont reparties. Il ne m’en restait plus qu’une (Houda Ben Ali), plus une récupérée un peu à l’arrache (Gabriella Indoh-Baucot). Je tiens à citer ces deux filles, qui ne sont plus là aujourd’hui, car sans elles, on aurait été forfait général, puisqu’on n’a pas le droit de jouer avec plus de cinq mutées. Et même en tant que mutées, il n’y avait que trois « régionales » (deux ex wasquehaliennes et Sarah qui revenait d’une saison blanche à Oye-Plage suite à opération des croisés). Ça restait quantitativement insuffisant, alors, avec Olivier [Dhulu], on a prospecté pendant l’été et on a récupéré quatre autres filles (la dernière, Fanta, in extremis fin août). Et c’est ainsi que je me suis retrouvé à la tête d’un groupe improbable avec sept mutées que je ne pouvais faire jouer qu’en rotation pour ne jamais en avoir plus de cinq sur la feuille de match…

C’est ce groupe, donc, qui a constitué l’ossature de l’équipe de cette année ?

En grande partie, oui. Valentine, Haby, Sarah, Fanta, Alpha, Léa, Eléna, qu’on retrouve cette année, sont des personnalités très différentes. Il y a d’ailleurs quelques filles qui étaient déjà habituées à ce que la vie ne donne pas grand-chose sans effort. Pour revenir à l’an dernier, dans ces circonstances, c’est peu dire que dire que ça été une saison galère. Qualifiés in extremis en poule haute, on y a gagné un seul match. Comme toujours, sur la durée du championnat, il y a eu des malades, des blessées, des indisponibilités. On est allé jouer à Bourges, ou à Strasbourg avec  juste cinq filles… Le seul aspect positif, sur le coup, c’est qu’elles avaient du temps de jeu.

Une expérience comme ça, ça aurait pu décourager, non ?

Evidemment. Mais c’est l’inverse qui s’est produit : c’est que c’est là que s’est créé un groupe, un état d’esprit. On ramait tellement qu’on était obligés d’être vachement solidaires. Et puis, l’état d’esprit collectif s’est aussi construit en dehors du terrain. En effet, autre conséquence de l’échec de la CTC : il n’y avait plus d’hébergement à Armentières et on n’avait pas eu le temps de s’organiser comme on l’est cette année avec le CREPS. Les filles qui n’étaient pas du coin avaient un logement pour la semaine, mais pas pour le weekend. Du coup, elles ont développé des solidarités entre elles, se sont hébergées les unes les autres. Ça a noué des liens.

Bref, elles sont devenues mentalement très fortes, et, cette force, elles l’ont gardée. Par exemple, cette saison, on a perdu, pendant un long moment, Léa, puis Haby, puis Kyria et maintenant Eléna sur blessures. A chaque fois, les autres, au lieu de baisser les bras, ont réagi positivement. Ceci dit, je suis content que l’effectif soit moins tendu cette saison. On a un eu un peu plus de temps pour s’organiser. D’autres filles sont venues. On a quatorze cadettes à présent… enfin, en théorie parce qu’on n’a pas été épargnés par les blessures. Beaucoup jouent aussi en U20. Et ce groupe (ça, c’est un peu la chance) est pas mal complémentaire, par exemple on a une meneuse qui perce et une qui distribue, des shooteuses et des driveuses, etc.

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Attentives et volontaires, les clés de la réussite.

Et voilà comment, avec des galères on  fabrique des succès…

Oui, mais c’était pas écrit. On n’était pas forcément partis pour faire la saison qu’on a faite. Le début a été compliqué. Dans la première phase, dans une poule peu relevée, nous avons eu du mal à trouver un équilibre collectif et on a pris deux défaites contre Saint-Amand, dont une grosse fessée au retour chez elles. Ça aussi, paradoxalement, ça nous a aidé. Parce que, l’an dernier, on en avait déjà pris quatre contre les mêmes, et, pour celles qui venaient de Wasquehal, quatre encore l’année d’avant. Ça faisait, pour moi et pour certaines, dix défaites de suite contre Saint-Amand. Alors, en deuxième phase, quand on est retombés contre elles, on a décidé qu’on n’en prendrait pas une onzième. Et puis, à peu près au même moment, on a eu l’épisode de la Coupe de France : suite à un raté administratif venant d’un malentendu, on n’a pas pu engager l’équipe alors que c’était un objectif. Elles avaient la rage. Là encore, elles ont transformé leur frustration en volonté accrue de se venger sur le terrain. On se l’est clairement dit dans le vestiaire : « on est privées de Coupe de France, et bien on va réaliser un autre rêve ». Je me souviens même d’avoir volontairement forcé un peu ce trait-là dans mon discours pour les motiver encore plus : « Notre coupe ce sera les dix matches de championnat, chacun d’eux sera à la vie à la mort ». On ne le pourra jamais en être sûr, mais je ne suis pas loin de penser que, s’il n’y avait pas eu cette déception, et donc cette révolte, on ne serait peut-être pas au final four. Notre qualification, nous l’avons gagnée dans le premier quart-temps du premier match de la seconde phase [6/20 à Saint-Amand !], mais ça personne ne le savait encore…

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Après leur victoire contre Saint-Amand au Palacium, les « mini-Guerrières » en route pour le final four.

Bref, on a fait ensuite le parcours que chacun sait. On a enchaîné les victoires avec à chaque fois cette idée que, pour aller au tour suivant, il fallait gagner le match du jour, et voilà : on va au final four.

Avec quelles ambitions ?

Par rapport aux trois autres équipes (Lyon, Mondeville, Montpellier) provenant de Centres de Formation, qui sont au haut niveau depuis beaucoup plus longtemps, on va être les « petits poucets » . C’est peut-être mieux ainsi, mais on entrera sur le terrain pour gagner. Ce qui est sûr, c’est qu’il va falloir élever encore le niveau de combativité, sinon, on peut prendre cher. Tous ceux qui ont connu des expériences de ce type le savent : elles vont vivre un truc qui restera un souvenir qu’elles n’oublieront jamais. A elles de l’embellir encore, au moins en ne regrettant rien sur le terrain. La dernière équipe de la région à y être parvenue, c’est feu l’entente Valenciennes/St Amand, il y a une dizaine d’années, sous la houlette de Jimmy Ploegaerts. Elles avaient fini troisièmes.

L’important c’est d’y aller en conquérantes, et surtout ne pas se contenter d’être arrivés là. Les autres ont l’habitude de se disputer le titre, et personne ne sous attend. A nous d’être à la hauteur

Tu as déjà pas mal roulé ta bosse en tant qu’entraîneur. Est-ce que tu peux mettre en perspective les deux années que tu viens de vivre par rapport à tes expériences antérieures ?

J’ai commencé il y a vingt-quatre ans à l’ESBVA, avec les benjamins, en tandem avec Olivier Dhulu (déjà) : un excellent moment conclu par un titre régional. Puis c’est à La Mélantoise (devenu LMBC) que nous avons opéré sur les catégories minimes et cadets. De bons souvenirs mais pas de performances comparables. Ensuite mes fonctions professionnelles m’ont forcé à l’exode pendant huit longues années pendant lesquelles je n’ai pas coaché en club. J’ai eu le bonheur par contre de voir quelques-uns des jeunes joueurs ou joueuses dont j’avais la responsabilité parvenir à percer vers le basket pro.

A mon retour dans la région, j’ai connu une première expérience difficile dans le basket féminin à Ronchin, perdant par exemple mes confrontations contre le Centre de Formation de l’ESBVA-LM coaché à l’époque par Fred. Puis, je suis retourné entraîner des garçons pendant cinq saisons.

De ces expériences en senior, je repars avec une certaine amertume. L’esprit semi-pro ne me correspond pas. Ceux qui font semblant d’être bons mais qui sont surtout là pour le chèque ce n’est pas ma façon de voir les choses. Un ami cherchait un coach pour son équipe cadette, j’ai accepté, et je me suis retrouvé à Wasquehal sur les U17 puis c’est l’arrivée à l’ESBVA-LM.

Il y a eu des moments forts dans ces différentes expériences, mais il faut que je le dise sans détour : au-delà des résultats, avec ce groupe, je n’ai jamais pris autant de plaisir depuis que je suis revenu dans le Nord. Quand on voit de l’extérieur, pendant un match, on a l’impression que je suis intransigeant, parfois très dur (c’est vrai) et que ça pourrait les affecter, mais, au fond, je les adore et je sens, que de leur côté, il y a un vrai attachement aussi. Elles savent bien que je n’ai en tête que leur amélioration. Et puis une autre chose importante : il y a une vie hors des matchs. Nous avons créé des véritables liens, il y a une réelle solidarité, une vraie complicité entre nous.

C’est la première fois que tu entraînes dans un Centre de Formation de club pro. Pour toi, qu’est-ce qui est le plus important : le résultat de l’équipe en Championnat ou de permettre à des filles de percer vers le haut niveau ?

Pour moi c’est la question qui, je me permets de le dire, au stade où on en est tous maintenant, devrait devenir une vraie réflexion du club. C’est l’ensemble du club qui doit définir et partager les objectifs. Au début de cette saison, on nous a assigné comme mission, à moi et à Olivier Dhulu – qui a dirigé pendant quatre ans ce Centre de Formation et à qui je veux rendre hommage au moment où le centre s’apprête à adopter une autre organisation – de faire un bon classement dans les championnats. Evidemment, c’est important d’apprendre à gagner. On a réussi en U18, et les U20 n’ont raté qu’au point average la qualif pour leur final four. Mais, puisqu’on me le demande, ma conception c’est que le plus important, c’est de former des joueuses, de les faire arriver à un bon niveau.

Est-ce que tu penses que c’est le cas de certaines de ces filles ? On a, bien sûr, tout de suite en tête Zoé Wadoux qui intègre l’INSEP l’an prochain, ce qui est une fierté pour le Centre de Formation et au-delà pour l’ESBVA-LM.

Oui. Je suis heureux pour Zoé et je voudrais associer à sa réussite ses entraîneurs avant qu’elle n’arrive chez nous, notamment du côté de Oye-Plage. Nous avions un accord avec la FFBB pour l’aider à franchir la dernière marche vers le Centre Fédéral. A elle de saisir sa chance dorénavant pour transformer son talent en véritable carrière. Mais dans ce groupe, il y en a aussi d’autres, actuellement moins exposées mais non moins talentueuses, et en lesquelles je crois si elles continuent à bosser. Mais chacun comprendra que je ne donne pas de noms ici. A elles de se révéler.

Groupe des U18 2015/2016 (ordre alphabétique des prénoms) : Alphonsine Lukisu-Kadiese ; Anaïs Bardy ; Coumba Sow ; Eléna Hamiani ; Fanta Sanogo ; Haby Cissokho ; Honorine Lemaire ; Kyria Faillot ; Léa Duvauchelle ; Marion Baeskens ; Sarah Nanguy ; Solène Hooft ; Valentine Desreumaux ; Zoé Wadoux.

Coach : Olivier Dhalluin ; 1er assistant : Wani Muganguzi ; 2ème assistant : Adrien Henocq

 

Olivier Dhalluin : « Je n’ai jamais pris autant de plaisir à entraîner » was last modified: juin 2nd, 2016 by Marc Delgrange

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