Carmelo Scarna : « Notre n°6 sera attribué à tous les supporters ».

Carmelo Scarna, président de l‘ESBVA-LM depuis 2006 est clairement, depuis vendredi soir et le titre de Championnes de France de « ses » Guerrières, un homme heureux. Pourtant, ni ses onze ans de présidence ni cette saison 2016/2017 ne furent un long fleuve tranquille. Carmelo, encore un peu sur un nuage, même si ses tâches de chef d’entreprise ramènent vite à la réalité, a accepté de se poser pour faire un petit retour sur cette saison pas comme les autres.

Carmelo, tu l’as vécue comment, cette saison 2016/2017 ?

Ça a été une saison bizarre. On avait placé beaucoup d’espoir dans cette équipe. Si vous vous souvenez, lors du lancement de la saison, dans les salons de l’aéroport de Lille, devant les partenaires, j’avais dit que l’objectif, c’était le titre. Le groupe était très fort au niveau des talents individuels. La difficulté, on le savait au départ, c’était d’en faire un collectif. Ça a pris du temps, ça a été plus compliqué encore que ce qu’on pensait, et je pense que le plus gros challenge qu’a réussi Fred ça a été d’avoir su faire ça.

Est-ce que tu as douté ? Si oui, quand est-ce que tu as arrêté de douter ?

Bien sûr que j’ai douté. Pas de la qualité de nos joueuses, pas de la qualité de Fred, mais on n’est jamais sûrs que la mayonnaise va prendre. Et là, ça tardait.  Il y a deux ans, on avait un peu le même problème, mais on avait Ann Wauters qui, au delà de son talent individuel avait un charisme et un palmarès exceptionnels pour imposer un leadership dans le vestiaire et fédérer le groupe. Là, c’était moins évident. A partir de janvier, il y a eu une évolution. Peut-être que Fred l’avait sentie avant. Pour moi, elle était juste logique. Il était logique que les filles trouvent leurs marques les unes par rapport aux autres. Mais, personnellement, le coup de pouce décisif, je l’ai ressenti très tard : ça a été les deux victoires, en demi-finales, contre Charleville. On fait un hold up là bas, et, au retour, il y a ce shoot que rate Kaleena Lewis à l’ultime seconde. Des shoots comme ça, elle en met neuf sur dix. Quand j’ai vu qu’elle le ratait et, du coup, nous qualifiait, je me suis dit qu’il ne pouvait rien nous arriver. Pour moi (mais ne suis pas expert technique du basket), Charleville était, cette année, plus fort que Montpellier.

C’est le premier titre de champion de France, mais, il y a deux ans, l’ESBVA-LM a déjà remporté un beau trophée [l’Eurocup]. Lequel des deux moments à été le plus beau à tes yeux ?

Ma réponse sera très personnelle. J’ai plus profité de cette victoire-ci, pour une raison pratique. A Charleroi, j’étais dans la tribune des officiels, un peu isolé parmi nos hôtes belges… qui, au fur et à mesure de ce match excitant pour moi, ne s’enthousiasmaient plus du tout. J’étais forcément décalé par rapport à l’ambiance. Là, c’était chez nous, j’ai pu profiter de la communion avec le public… et quel public. Et puis, il y avait un « plus » qui était un soulagement après une journée de vendredi, notamment, qui était spéciale. On était tous tendus, plus que d’habitude, parce que, c’est particulier, après les deux premiers matchs, de se retrouver dans la peau du favori. On a connu trois finales de coupe de France, deux finales d’Eurocup et une finale de championnat avant celle-ci et on n’avait jamais été vraiment les favoris. J’ai reçu beaucoup de messages avant le match, de partenaires, des anciens présidents, de tout le monde.

Et donc, ça se termine par un titre. Au dela de la satisfaction, est ce que ça fait changer le club de dimension ?

Carmelo, Fred, Valentin Cavelier, manager général décoré du filet de la victoire, et Pascal Williame, les deux yeux dans le trou de la serrure.

J’espère, et, par exemple, il est à noter que, vendredi soir, Xavier Bertrand, Président de la région Hauts de France, m’a appelé pour féliciter l’équipe. En revanche, une chose me déçoit un peu. Ce titre nous a valu une belle reconnaissance régionale, mais, dans les médias nationaux, (ou même « régionaux-nationaux » comme FR3), ça reste, selon moi, en dessous de l’événement. C’est quand même le titre de champion de France dans un sport majeur, dans une discipline, le Basket féminin, qui nous a valu tant de gloire au niveau international, et ce sont des joueuses de très haut niveau. Plusieurs partenaires m’ont appelé depuis pour s’en étonner.

Bon, comme d’habitude, on va compter sur nous même, sur la « famille ESBVA-LM » comme on dit parfois. Sans nous enflammer. On espère déjà que cette image de « l’équipe qui gagne » ça nous aidera à garder nos partenaires dans cette période compliquée (on sait déjà que 90% d’entre eux nous restent fidèles la saison prochaine), et à en amener d’autres (il y en a déjà). De tête et approximativement, en cinq ans, on est passé d’une quarantaine à environ cent-trente. Je prend pour hypothèse de travail que notre budget ne sera pas en augmentation. Que s’il était identique, ça serait déjà bien.

Justement tu as évoqué tout à l’heure le public, les z’hurlants, la salle. L’incroyable ambiance de vendredi, c’est un autre motif de satisfaction, je suppose.

Là, je ne trouve pas de mot. Notre public, c’est vraiment magique.  Les joueuses le disent elles-même. C’est le meilleur public de France en LFB. certains disent même d’Europe. Il pèse vraiment sur les adversaires. Et puis, autre de ses caractéristiques, il est toujours là, même dans les moments difficiles, il n’a jamais lâché l’équipe. Vendredi, mais avant ça dans bien d’autres matchs, il fallait le vivre pour se rendre compte, parce que ça ne peut pas se raconter. J’ai repensé à Gervais Martel qui m’a dit un jour, à Lens : « Chez nous, on attribue pas le numéro 12, parce que le 12ème homme, c’est notre public ». A l’ESBVA-LM, cette année, il n’y avait pas de numéro 6, et j’annonce qu’il n’y en aura pas non plus l’an prochain. Notre public, nos supporters, méritent qu’on leur attribue un numéro.

En plus, cette ambiance qui pèse sur les adversaires est aussi un élément fort du spectacle que les spectateurs s’offrent à eux-même, mais aussi aux partenaires du club. Les gens viennent au spectacle et si on leur offre sur le terrain, un spectacle de qualité, ils ont envie de revenir. Entre mercredi et vendredi, la salle s’est remplie en une journée. Tout le monde avait envie de revenir, de revivre ça. Et le spectacle, c’est d’abord, et je leur ai dit, la tâche des filles sur le terrain. Elles ont été à la hauteur, mais l’émotion, l’ambiance, c’est aussi tout ce qu’il y a autour. Et puis, pour les partenaires, je crois qu’on fait beaucoup d’efforts pour bien les accueillir dans un cadre convivial. On pourrait faire mieux si on pouvait dépasser le problème de place qu’on rencontre actuellement pour les réceptions au VIP. On a même essayé, un temps, de faire le VIP dans deux salles séparées, pour être plus à l’aise, mais on a renoncé. On les veut tous ensembles. Monsieur le Maire m’a dit vendredi que les discussions avec, notamment, la MEL continuaient sur le dossier du Palacium. Certains premiers aménagements seraient urgents et importants pour nous, mais aussi pour tous ceux qui viennent au Palacium : outre le VIP, les deux gros points faibles sont la sono et l’éclairage.

L’an prochain, l’équipe connaîtra à nouveau beaucoup de changements. La presse a déjà révélé beaucoup de choses. Tu confirmes ?

Oui. On a toujours comme politique de ne pas communiquer sur les départs et recrutements tant que la saison n’est pas terminée. Mais, évidemment, ça a beaucoup fuité. Je confirme donc qu’on gardera Jo Gomis, Virginie Bremont, Marielle Amant (les trois qui étaient déjà la à Charleroi) et Mame-Marie. On aurait aimé garder d’autres joueuses, mais leurs prestations ont fait monter leur prix et nous continuerons dans notre exigence de saine gestion. Kamila, qu’on voit partir avec beaucoup de regrets, nous avait annoncé assez tôt qu’elle et son compagnon avaient le projet de partir à l’étranger [elle est annoncée à Györ, en Hongrie]. Côté arrivées, on a, comme vous avez pu le lire ici ou là, recruté Jo Leedham, Nevena Jovanovic, Pauline Akonga et la jeune Réjane Verin. Je laisserai Fred s’exprimer sur elles (il sera inutile, je suppose, qu’il présente Laetitia Kamba qui revient parmi nous). Le recrutement est ainsi presque terminé, mais on reste à l’affût d’une opportunité, notamment sur un poste de jeu qui n’est pas suffisamment « doublé ».

Et donc, quels objectifs pour l’an prochain ?

Même si, aujourd’hui, je savoure l’instant présent et qu’en même temps, je suis tenté de jeter un œil – je l’avoue plutôt satisfait – sur l’énorme chemin qu’on a parcouru tous ensemble depuis une quinzaine d’années, il va falloir vite se tourner vers l’avenir. Les grands clubs ne se contentent pas d’avoir gagné une fois. On est encore loin de Bourges ou Clermont. Et puis, si on veut sourire un peu, je dirais qu’il nous manque une Coupe de France dans notre vitrine (encore un autre aménagement à prévoir au Palacium, d’ailleurs).

Un dernier mot sur une autre satisfaction : le Centre de formation, dont les espoirs ont joué, cette année, (après les U18 l’an dernier) le final four national ?

Oui, je suis très satisfait de la montée en puissance du Centre de Formation. Ljuba apparaît clairement comme la bonne personne. J’ajoute que Fred, qui a resigné deux ans, sera maintenant totalement dégagé de ses contraintes professionnelles et pourra s’en occuper plus. Notre Centre de Formation doit devenir encore mieux la deuxième vitrine du club. C’est une structure que, petit à petit on a bien amélioré dans ses structures. On peut voir comme un symbole que la toute jeune Hélène Jacovljevic ait pu entrer sur le terrain vendredi, et marquer le dernier point de la saison. Notre pensionnaire du Centre de Formation partage ainsi officiellement, avec les joueuses pro, avec le staff, avec les dirigeants, avec les partenaires, avec les z’hurlants et le public,  ce joli titre de Championne de France.

Carmelo Scarna : « Notre n°6 sera attribué à tous les supporters ». was last modified: mai 16th, 2017 by Marc Delgrange

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