Didier Choquel : passionnément ESBVA(-LM), passionnément bénévole.

Au Palacium, un soir de match de l’ESBVA-LM, s’il vous prend la conviviale envie de vous rendre à la buvette, vous ne pouvez le rater. Il y coordonne ce qu’il appelle en plaisantant le « Team Choquel » (car plusieurs proches y sont impliqués) qui s’active, au début, au milieu et à la fin de la rencontre. Si vous venez voir jouer les U20, vous avez des chances de le trouver à son poste d’officiel à la table de marque. Si vous passez à l’improviste, il sera peut-être en train de stocker des packs d’eau ou de réparer le frigo. Et puis, si vous faites un déplacement pour suivre l’équipe à l’extérieur, vous le verrez souvent au sein des Z’hurlants. Mais savez-vous que derrière ces diverses facettes, derrière aussi ses lunettes et son sourire parfois bougon quand quelque chose ne va pas (ce qui arrive avec ce perfectionniste), se trouve aussi un « historique » du club, qui en est acteur depuis plus de trois décennies ? La trajectoire de Didier Choquel est, comme toute trajectoire, singulière, mais elle est en même temps symbolique. L’évoquer, c’est aussi rendre hommage à l’ensemble des bénévoles de l’ESBVA-LM, dont on trouve, sur la page organigramme, une liste (toujours évolutive donc toujours incomplète).

Didier (deuxième à partir de la droite derrière Isabelle) n’hésite pas à quitter le costume du bénévole pour revêtir celui de « z’hurlant » le temps d’un déplacement (ici à La-Roche-sur-Yon en octobre dernier) On note, sur la photo, plusieurs autres « z’hurlants-bénévole »

Didier, ton histoire avec le club, ça remonte à quand ? et comment ça t’as pris.

En 1982. Une histoire de vie. J’étais alors supporter du LOSC. Je ne suis pas tombé dans le chaudron du basket quand j’étais petit. C’est ma copine (devenue ma femme) Isabellequi évoluait alors au FOS [Flers Omni Sports] Basket. Je suis allé la voir jouer. Il y avait juste un autre type dans les tribunes. Je me suis assis à côté de lui et on a parlé. C’était Eric Méliet qui était venu voir jouer sa femme, Catherine. Au match suivant (j’étais seul spectateur), quelqu’un est venu me dire qu’on avait besoin d’aide à la table de marque. Je n’avais jamais fait ça, mais on m’a expliqué sommairement et je me suis lancé. Comme je ne supporte pas de ne pas faire les choses « bien », je me suis procuré ensuite de quoi apprendre tout le règlement et les gestes de l’arbitre. J’ai pris ma première licence au club. Je venais d’y mettre le doigt sans imaginer que le Basket allait me happer la main, le bras et tout le reste.

Tu as pris des responsabilités assez vite ?

Les bonnes volontés, on est vite sollicités. Je me suis retrouvé au comité directeur du FOS. Puis, en 87/88, sous la pression de la municipalité d’alors, il y a eu la fusion avec l’ASLA [Association Sportive Laïque d’Annappes] pour former l’ESBVA. Je m’y suis impliqué dans l’entrainement et le coaching des jeunes (mini-poussins, poussines, école de Basket). A ce moment, il y avait aussi Josée Fouques [qui deviendra présidente de l’ESBVA] et Chantal Debuyser [toujours présente aussi] qui jouaient dans l’équipe de mon épouse, et nous suivions, comme supporters, l’équipe première en excellence région. En parallèle, je formais des jeunes à tenir les tables pour les matchs. En 2004, je suis rentré au nouveau comité directeur. On avait à l’époque 450 licenciés pour 34 équipes. C’était trop. On n’arrivait pas à suivre tout ça. Sur la même journée, on a dû gérer 17 matchs répartis sur 5 salles. On devait solliciter des parents, mais ils ne comprenaient pas toujours. Je me souviens d’un monsieur que je suis allé voir dans les tribunes pour qu’il vienne aider à la table. Il m’a répondu « Non, je viens voir jouer mon fils ». Je lui ai dit que s’il n’y avait pas de table, il n’y aurait pas de match et qu’on serait « forfait ». Sa réponse ? « Et bien on fera forfait » ! Incohérent, mais surtout décourageant.

Prêt à officier à la table de marque.

Et l’ESBVA-LM ? Puisque, après, il y a eu les deux entités imposées par les règlements

Oui, mais moi, j’ai toujours considéré qu’il y avait un seul club avec ses deux sections, et qu’il n’y avait aucune raison d’opposer les deux. J’avais des responsabilités à la section amateur, j’étais impliqué chez les jeunes, et en même temps je suivais assidûment notre équipe fanion qui était devenue pro. Autour d’elle, je faisais aussi « bénévole à tout faire », à la salle Cerdan, à l’époque. Je me souviens d’une fois où, avec Jean-Pierre Derycke, on ressoudait, à la mi-temps, les fils des 24 secondes. Il faut dire que j’ai été longtemps responsable technique dans des petites boites où je faisais un peu tout. Dans certains cas, ça aide. 

Est-ce que le bénévolat a changé ?

Quantitativement, je crois qu’on ne pourrait plus aujourd’hui, réunir 100 bénévoles comme on l’avait fait dans le tournoi de la Fédération en 2006. Il y a aussi, et c’est lié, des évolutions qualitatives. On voit parfois arriver des nouveaux pour qui le bénévolat devrait s’accompagner d’avantages en contrepartie. Des places de parking, des entrées, des accès ici ou là. Ça n’est pas ma conception, même si j’essaie d’être toujours en discussion avec Eric Meliet [responsable des bénévoles au Comité Directeur] et Valentin Cavelier [manager général] pour que le club porte attention à ses bénévoles. Il faut savoir que leur action a aussi des inconvénients pour eux (par exemple, à la buvette, je ne vois en général pas grand chose des premiers et troisièmes quarts-temps). 

C’est, en effet, l’occasion de donner un grand coup de chapeau à ce monde des bénévoles, qu’ils soient présents, passés… et à venir, car on aura toujours besoin de bénévoles. 

Bien sûr, mais soyons lucides : des choses changent. Il y a, c’est inévitable, des secteurs qui se professionnalisent. Par exemple la sécurité : dans le temps, on gérait le parking nous-même (avec le regretté Maurice Berthelemy). Aujourd’hui, ce n’est plus possible de se passer de professionnels dans ce domaine. Au VIP ce sont maintenant des hôtesses professionnelles qui servent. C’est un « plus » de qualité pour les partenaires. Actuellement, entre la buvette, la caisse, le contrôle des entrées, le bar du VIP, on tourne, les soirs de matchs avec une vingtaine de bénévoles. Je ne peux pas dire qu’on ait tellement besoin de plus, hormis, bien sûr, qu’il faut penser aux renouvellements. Mais il y a aussi du travail en dehors des matchs, particulièrement l’installation de la salle la veille où nous sommes peu nombreux. Je ne cache pas que je suis inquiet que le bénévolat, dans l’avenir, disparaisse.

Tu l’as évoqué : revenons à la buvette qui est aujourd’hui ton principal secteur de responsabilité.  Comment t’es-tu retrouvé là ?

N’allez pas croire que c’est un penchant personnel… Là encore, c’est une question de circonstances. J’ai commencé en février 2007 quand Jacques Lefebvre a dû arrêter. Eric m’a demandé de dépanner, au moins jusqu’à la fin de la saison. Il m’a même dit : on  s’occupera des approvisionnements, tu n’auras qu’à gérer le service. Mais ça, je n’ai pas voulu. Si je prends une tâche, je la prends à fond et j’essaie de la faire bien de début à la fin du process. C’était aussi, pour moi, une façon de faire quelque chose en famille avec mon épouse Isabelle (plus sur la partie restauration) et mes enfants. C’est bien une passion commune qui nous anime : dix ans après, Isa et moi, on est toujours là. Il est important, dans un domaine comme celui-là, de travailler avec des gens en qui j’ai toute confiance. Il y a, par exemple, Marceau (Preuvo), que j’ai connu lui aussi il y a plus de trente ans, au moment de la fusion, quand il était, secrétaire de l’ASLA puis dirigeant de l’ESBVA.  Je suis assez perfectionniste et j’ai fini par développer une certaine connaissance du job qui permet d’anticiper. Avec l’expérience, en regardant le remplissage de la salle, je peux prédire la recette. J‘aime d’ailleurs les chiffres. J’ai, chez moi, un tableau avec toutes les recettes des matchs depuis que je suis responsable buvette. 

Oscar de la meilleure recette ?

Facile : le match aller de la finale d’Eurocup contre Braine en 2015. Et celle là, elle ne sera jamais battue… sauf si on agrandit le Palacium. Les contraintes de sécurité d’aujourd’hui ne nous permettraient plus de remplir autant l’actuelle salle.

En deuxième position, il y a le match du titre contre Montpellier l’an dernier. Une heure après la fin du match, on servait encore.

Tu es « Z’hurlant », aussi ?

Oui, depuis le tout début, quand ils s’appelaient juste « Hurlants », c’est Jean-Marie (Lemaire), le prédécesseur de Bébert, qui a rajouté le Z. Je suis Z’hurlants depuis toujours… mais surtout lors des déplacement. A domicile, c’est différent. Il y a une mission à remplir qui laisse peu de temps au supporter que je suis. 

Trente ans de militantisme au service du club, ce sont beaucoup de sacrifices, de galères parfois, mais si tu le fais depuis si longtemps, c’est que tu y trouves aussi des plaisirs ?

Evidemment. Ça porte un nom : la passion. Celle qui, au final, a tout emporté. Je faisais aussi du chant choral, mais quand les passions deviennent aussi dévorantes, il faut choisir. Le Basket. s’est imposé, et, aujourd’hui, je dirais, plus particulièrement l’ESBVA et ses deux composantes. Je ne pourrais pas faire ça dans un autre club. Chez moi, ça devient d’ailleurs un (petit) musée de l’ESBVA-LM.

Le maillot d’Emma et l’affiche (signée) de la victoire de l’ESBVA-LM sur l’USVO en 2006 : les deux plus « chers » trophées de Didier. En bonus, le poster de la première équipe de l’ESBVA an LFB (2000/2001).

La plus belle pièce de ton musée à tes yeux ?

Je ne voudrais pas faire de jalouses par ma réponse, car il y a énormément de filles que j’ai aimées et encore maintenant, mais je me lance : le maillot d’Emma Meesseman.

Tes meilleurs souvenirs de supporter ?

Evidemment, tout le monde s’attend, à une telle question, à s’entendre répondre le 26 mars 2015 à Charleroi. Je ne ferai pas exception. Pour sa dramaturgie. On va là bas avec moins quatre points, et ce qui s’est passé ce soir là était magique. Çà ne m’a pas fait autant l’an dernier pour le titre de championnes, peut être parce que, celui là, on s’y attendait.

Mais je veux absolument en citer un autre qui est même chronologiquement le premier, et qui, pour moi, a été tout aussi fort. J’ai passé des années à dire, au début des années 2000 : on sera un grand club le jour où on battra l’USVO (le grand Valenciennes, multichampion de France, Champion d’Europe) chez elles. On l’a fait le 28 octobre 2006. Ce jour-là, à la fin du match, dans les tribunes, je pleurais. J’espère qu’il n’y a pas de photos… J’ai récupéré l’affiche qui était scotchée sur la porte de la salle et je suis venu, à l’entrainement suivant, le faire signer par les filles. C’est ça aussi la passion.

Didier Choquel : passionnément ESBVA(-LM), passionnément bénévole. was last modified: novembre 14th, 2017 by Marc Delgrange

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