Fred Dusart : « Je suis impressionné par ce qu’elles font »

Au moment où elle s’achève, il est bon de rappeler que l’année 2017 restera d’abord celle qui a vu l’ESBVA-LM empocher le titre de champion de France LFB. Mais les pages se tournent vite et on dit souvent que « la saison après le titre est la plus compliquée »Le défi est, pour l’instant parfaitement relevé. Au lendemain d’une méritoire défaite contre les Championnes d’Europe en titre on ne savait toujours pas dire si Fred Dusart était surtout fier du match produit ou surtout déçu du résultat. Au sortir d’une grasse matinée « post-émotion », comme il n’avait pas souvenir d’en avoir connue, il continuait à repasser dans sa tête cette première partie de saison dont il n’est pas encore totalement revenu.

Une solidarité sans faille d’un groupe qui a impressionné son coach

Fred, tu as dit plusieurs fois, ces  derniers temps, que tes joueuses t’avaient impressionnées. Peux-tu préciser ce que tu entends pas là ?

Je l’ai dit publiquement, je le répète : je suis le premier impressionné par ce qu’elles font. Je me demandais chaque jour, avant la trêve, combien de temps on allait être capables de tenir à ce niveau-là, à ce rythme-là. Depuis plusieurs matchs, je me demande jusqu’où elles peuvent repousser leurs limites. Contre Koursk, pour des filles comme Jo (Gomis) ou Joey (Leedham), qui ont eu des temps de jeu énormes et des responsabilités, ce n’était pas loin du match de trop. Mame-Marie (Sy-Diop) et Pauline (Akonga) ont aussi beaucoup donné et étaient fatiguées. N’oublions pas non plus que Joey et Marielle (Amant), retenues dans leurs équipe nationales, n’ont eu aucune coupure depuis août. Je ne suis pas sûr qu’on aurait pu jouer un match de plus. Ce ne sont pas des robots. Cette semaine de repos fera le plus grand bien à tout le monde.

Pourtant, on s’était vus juste après la présaison et tu nous avais fait part de tes inquiétudes. Qu’est-ce qui s’est passé pendant ces trois mois ?

Il est certain que, à l’époque, si on m’avait dit qu’on se parlerait, fin décembre, de notre première place en championnat, de nos quatre victoires en Euroligue, ou de la frustration de ne pas avoir battu les championnes d’Europe, je ne l’aurais pas cru. La présaison, c’est habituellement ce qui donne un éclairage sur ce qu’on est capable de faire. Cette fois, je n’avais pas de visibilité. On avait eu, c’est vrai quelques bons matchs, jusqu’au tournoi de Charleroi, mais ensuite, ça avait été très mauvais. Après la défaite en tournoi contre Nice, et celle l’open, je me demandais ce qu’était vraiment le niveau de l’équipe. Coup de chance : notre match de deuxième journée de championnat a été décalé [Montpellier, notre adversaire, devait jouer son barrage d’Euroligue]. On en a profité pour travailler cinq heures par jour tous les jours. Avec six nouvelles joueuses, il fallait du temps pour que certaines comprennent ce que j’attendais d’elles. J’ai pu ainsi mieux expliquer, resserrer quelques boulons

Les difficultés, ce n’est pas le lot de chaque  début de saison ?

Pas forcément. L’an dernier, par exemple, on avait fait une super présaison, on avait battu Bourges, et deux fois Charleville. On a ensuite fait une médiocre première partie. Mais la différence, c’est qu’au moins, je savais très tôt de quoi l’équipe était capable. Puisqu’elle l’avait montré, je savais pouvoir espérer qu’elle retrouverait son niveau par la suite. Ca a été le cas.

Une fois ces premiers réglages faits, quelles sont, selon toi, les caractéristiques de l’équipe de cette année, par rapport, notamment à celles qui l’ont précédée ?

Je retrouve, dans cette équipe, des caractéristiques proches de celles du groupe 2014-2015 [celui qui a remporté l’Eurocup]. Il y a des leaders de terrain, des leaders de vestiaires, une hiérarchie claire et acceptée. La concurrence est super saine et il y a une grosse solidarité. Chacune sait ce qu’on attend d’elle et se met au service de l’ensemble. A l’époque, des filles comme Lorraine (Lokoka) ou Katarina (Ristic) comprenaient bien leur rôle quand elles rentraient. Ça n’était pas forcément le cas des deux années suivantes. En 2015/2016, on avait des joueuses qui étaient toutes dans le cinq majeur de leur équipe précédente. Elles n’étaient pas habituées à jouer vingt minutes, à démarrer sur le banc. L’an dernier, pareil, sauf qu’on a retrouvé cette dynamique collective, au moment des playoffs.

Qu’est-ce qui rend, selon toi, cette équipe des Guerrières 2017/2018 « impressionnante » ?

Le coach et Jo, sa capitaine (qui réalise peut-être sa meilleure saison). Une longue connaissance mutuelle, une complicité sans concession mais toujours efficace

Sa solidarité, sa combativité, son collectif. Pour moi, ça a été un critère de recrutement. Ce sont d’excellentes joueuses sans être des stars, celles qui ont les meilleurs stats, les meilleures côtes. Mais je savais qu’elles seraient combatives et qu’elles auraient la capacité de se fondre dans le collectif. Au plan individuel, nous sommes passés de sept internationales européennes (dont quatre françaises) l’an dernier, à trois cette année. J’ai entendu dire que l’équipe serait moins bonne. J’ai laissé dire et on a travaillé. Au passage, ça a eu une conséquence bénéfique : pendant la trêve internationale de qualification pour l’Euro, j’ai pu disposer de toutes mes joueuses à deux près (j’avais même Nevena, puisque la Serbie, tenante du titre, est qualifiée d’office). Je me souviens que l’an dernier on était trois à l’entrainement. Là, on a pu à la fois souffler un peu et s’entraîner avec un effectif suffisant. Ça aide aussi à souder encore plus un groupe ces moments où on n’est pas sous la pression du match du lendemain.

Tu dis que l’état d’esprit était un critère de recrutement. Comment tu as pu deviner ça sur des filles que tu connaissais peu comme Nevena Jovanovic ou même Pauline Akonga ?

Grande complémentarité aussi entre le coach et Ljuba Drljaca, son assistante.

Beaucoup de travail pour étudier les joueuses sur ce qu’elles ont fait avant. Pour Nevena, j’ai eu des bons échos de Basket-Landes (d’ailleurs ils auraient aimé la garder), mais j’ai aussi bénéficié des conseils de Ljuba en provenance de Serbie. Elle m’a convaincu qu’elle s’intégrerait super bien dans le groupe, et que c’était une grosse travailleuse et une fille sympa. J’ai pas été déçu. Pauline, je la connaissais quand même un peu. J‘ai parlé avec Jo qui avait joué avec elle à Arras, et qui m’a donné quelques tuyaux pour mieux la connaitre. Je recherchais une espèce d’électron libre, un peu, même si les caractéristiques sont très différentes, comme Alina (Iagupova) l’an dernier. Une fille qui est capable de faire des trucs étonnants, comme rentrer à une seconde et demi de la fin d’un quart-temps et de mettre un panier invraisemblable [sourire]. Elle s’est accrochée parce qu’elle a dû travailler différemment de ses habitudes. Elle a dit qu’elle n’avait jamais couru autant. Elle ne voyait pas vraiment, au début ce que j’attendais d’elle. Elle a pu, à cette époque, avoir l’impression que j’étais toujours sur son dos, mais c’est parce que je sais pouvoir attendre beaucoup d’elle. Maintenant, elle a bien compris, et c’est tout bénef pour l’équipe. 

Cette cohésion du groupe, est-ce que ce n’est pas cela aussi qu’on a  ressenti dans ce moment un peu tendu, après le match de Prague et jusqu’à celui de Bourges.

Dans un sens, cette semaine-là a été un moment charnière. On avait fait une très mauvaise deuxième mi-temps à Prague. Il y avait eu la blessure, en début de match, de Virginie (Brémont), mais ça n’explique pas tout. Ça a été notre pire prestation. Et on s’est retrouvés devant un paradoxe : on parlait soudain de l’ESBVA-LM comme si elle était en crise alors que les indicateurs étaient plutôt au vert. On était premiers ex-aequo et notre parcours en Euroligue n’était pas anormal, hormis ces vingt minutes où on est passé à côté. Mais, peut-être que ça n’a pas été mal qu’il y ait un coup de semonce. On a vu la réaction collective contre Bourges et par la suite. C’était d’abord une révolte contre leur match de Prague et les doutes qu’elles entendaient. Ce groupe est capable de ça aussi.

J’imagine que tu es déjà focalisé sur la deuxième partie de la saison.

On a réussi la meilleure première partie de saison de notre histoire. C’est un paradoxe d’être content que la pause arrive quand on est sur une si bonne dynamique, mais on en avait besoin. Pour la suite, un de mes soucis sera de faire en sorte que les filles n’arrivent pas « cramées » en playoffs, Je voudrais pouvoir les faire un peu plus reposer en 2018. C’est pour ça que je suis content, ces derniers temps, que des filles « sorties du banc » aient montré qu’on pouvait compter sur elles. Nevena a réalisé de très bon matchs ces trois dernières semaines. Laetitia (Kamba) est un leader défensif précieux en sortie de banc, et elle a eu une influence sur nos dernières prestations défensives (Kursk et Basket-Landes). Il y a aussi Joyce (Cousseins-Smith) qui nous a rejoint en cours de route et qui se met bien dans la dynamique, ou encore Aminata (Konate) dont le rôle évolue depuis la trêve et qui amène beaucoup d’énergie contagieuse. Et puis, on a évidemment hâte de retrouver Virginie, mais il faudra encore attendre un peu.

Le travail comme clé de la réussite d’un collectif

Tu vas bien exprimer une inquiétude, quand même ? Sinon on ne reconnaîtrait plus notre Fred Dusart.

Je ne sais pas si on peut vraiment appeler ça une inquiétude, mais il est  vrai qu’il peut paraître compliqué de faire mieux dans la deuxième partie. D’autant que je sais que nos concurrentes en championnat vont se renforcer. Il faudra continuer dans le même état d’esprit, sans se soucier des autres et gérer la fatigue. Si jamais on a un passage à vide, il faudra s’appuyer sur ce qu’on a fait. On sait qu’on a une force : la solidarité et la cohésion du groupe, comme en 2015. Ce qui fait que, quand une fille est en difficulté, on l’aide. On est pile poil sur ce que sont, pour moi, les valeurs de l’ESBVA-LM. C’est dans cet esprit, je le répète, qu’on a recruté. Et puis, la solidarité, ça va au delà des joueuses : tant qu’on a un public, des supporters, comme on a au Palacium (et parfois même à l’extérieur…) on peut faire des grandes choses.

Comment a été programmée la reprise, entre les exigences de faire reposer des filles très fatiguées, et l’arrivée, dès le 3 janvier d’un match très important à Charleroi contre Braine ?

On n’a pas vraiment de marge de manœuvre. Le calendrier imposé par l’Euroligue, avec un match le 20 décembre et un le 3 janvier (qui, en effet, sera décisif pour une qualification) est très dur. Les équipes françaises qui disputent l’Eurocup ou pas de Coupe d’Europe du tout (comme Lyon, qu’on rencontrera le 6 janvier) sont plus tranquilles. Elles ont quasiment une semaine de vacances de plus. Nous, on reprendra, comme prévu depuis longtemps, le 28 décembre, et il y aura entrainement les 31 décembre et 1er janvier. On n’a pas le choix. Les filles sont venues ici pour disputer l’Euroligue. C’est la plus belle compétition à jouer en Europe, mais ça a un prix…et elles l’acceptent.

Interview réalisée le 21 décembre – photos Emmanuel Roussel

Fred Dusart : « Je suis impressionné par ce qu’elles font » was last modified: décembre 31st, 2017 by Marc Delgrange

Comments are closed.

Translate »