Jo Gomis : capitaine comblée et Guerrière passionnée.

Jo Gomis a eu, comme capitaine, l’honneur, et sans doute encore plus le plaisir de soulever, le 12 mai dernier, le trophée récompensant l’équipe Championne de France LFB 2017. On ne le sait pas assez, mais c’est une des deux seules joueuses de l’histoire de l’ESBVA-LM (on vous laisse deviner qui fut l’autre, réponse plus bas) à pouvoir se prévaloir d’un palmarès complet : Championne de France (2017), Vainqueure de l’Eurocoupe (2015), mais aussi vainqueure de la Coupe de France et de l’Euroleague (en 2004 avec Valenciennes), même si, pour ces deux derniers titres elle était « la jeune sur le banc » (on souhaite à Hélène de faire la même carrière que Jo).

L’ivresse du bonheur

Jo, gagner un titre de Championne de France, c’est forcément un sacré moment, mais à la maison et en tant que capitaine, j’imagine que c’est énorme, non ?

Plus que ça, je ne suis pas sûre que je réalise encore. [entretien réalise le mardi 16 mai]

Tu es capitaine de l’ESBVA-LM depuis deux ans, c’était ta première expérience avec ce brassard ?

Pas tout à fait. A Arras, J’étais capitaine la dernière saison où j’y ai joué, mais ça n’a pas été un très bon souvenir. C’était une année galère.  Quand Fred m’a fait confiance il y a deux ans, c’était une occasion de reprendre goût au capitanat. Cette année, ça a été très différent. Certes, le parcours a connu des hauts et des bas, et la tâche n’a pas toujours été simple. Mais on était quand même solides, et on l’a prouvé au final. En tant que capitaine, donc, ce que je veux dire c’est que je suis particulièrement fière de mon équipe, de ce qu’elle a su réaliser avec tout ce qu’on a traversé.

Justement, revenons sur la première moitié de saison, qui a généré quelques inquiétudes. Vu de l’intérieur, comment tu analyses ce début en partie raté ?

En début d’année, le problème a clairement été la préparation pendant laquelle il manquait toujours une ou plusieurs joueuses. Il y a eu des pépins, les filles de retour des Jeux Olympiques étaient diminuées. On a joué dans toutes les configurations, et on a traîné cette difficulté de structuration du groupe jusqu’en décembre. On a fait quelques très mauvais matchs, mais, dans le même temps, en Euroleague, on arrivait à se surpasser, c’est donc que le groupe avait des qualités. La trêve est bien tombée. On était septième, ce qui était aberrant avec l’effectif qu’on avait. On s’est dit que ça ne pouvait pas être pire. Il y a eu une vrai prise de conscience.

Quand est-ce que tu as senti que le vent tournait ?

En janvier. Ça a été le mois décisif, avec énormément de matchs [8 rencontres sur le mois] et beaucoup de déplacements. Et là, on a tenu le coup, au plan des résultats (victoire à Sopron, contre Orenburg et Charleville), mais aussi en tant que groupe. On a vu qu’on était capables de voyager et de jouer ensemble. Toutes les filles sont des grandes compétitrices et ces matchs là nous ont soudées.

Un moment particulier qui a fait déclic ?

Sur ce fond de reconquête de notre jeu, il y a eu en effet quelques moments, qui ont participé à ce que j’appellerais l’alignement des planètes qu’on a ressenti à la fin. Il y a eu les matchs d’Euroleague, mais on a toujours plutôt mieux joué en Euroleague. C’est une compétition différente, on l’abordait autrement. Il y a eu la victoire à Bourges, mais si on doit retenir un déclic, ça a été, juste après, d’ailleurs, le mois de janvier, ce quart de finale de Coupe de France à Basket Landes, où on revient du bout du monde et on gagne en prolongation. Ce soir-là, on s’est dit que, vraiment, on tendait vers l’excellence.

C’est pour ça que les playoffs se sont si bien passés ? A quel moment vous vous êtes dit que vous seriez championnes de France ?

Dès le début des playoffs, on était gonflées à bloc. Pas seulement en raison de notre jeu, qui s’améliorait nettement, mais parce que l’ambiance dans le vestiaire était devenue radicalement différente. On se regardait, on était ensemble, on rigolait, on était fières, des tas de choses qu’on ne faisait pas forcément avant. Là on s’est dit : si on arrive en finale, personne ne nous arrêtera. On se disait même plus précisément : faut aller en finale, et là, personne n’arrêtera Alina.

Dans son interview Fred a dit qu’il y avait eu des moments où le relationnel avait été difficile. Il a même dit : « il y en a qui m’ont détesté ». Est-ce que tu as ressenti des tensions à ce point-là, entre vous ou avec Fred.

Entre nous, je dirai non. On est différentes les unes des autres, et puis on est toutes des battantes, on n’aime pas perdre, mais il n’y a jamais eu de grosses tensions. Avec Fred, oui, ça a été parfois électrique. Moi, oui, je le dis franchement : je l’ai détesté, et puis, après, je l’aimais. Fred et moi, ça fait tellement longtemps qu’on se connait ! Depuis Valenciennes. Les relations avec le coach, c’est toujours très affectif. On est des filles (rires). Et moi, particulièrement, je suis à la fois timide et passionnée. Cocktail explosif. Ça passe par des hauts et des bas. Dès fois, dans le même match, à deux actions d’intervalle, je peux le haïr parce qu’il m’a dit un truc qui ne m’a pas plu et l’action d’après, il me fait un signe positif et je l’aime. Je suis comme ça. C’est ma façon d’être entière.

Il y a eu, à l’ESBVA-LM, une autre joueuse qui a tout gagné, et une capitaine qui a, comme toi, soulevé un trophée, c’est évidemment Ann Wauters. Après son départ, tu nous avais dit : la remplaçante de Ann, ce ne sera pas une fille, ce sera tout ce qu’elle nous a appris et qu’on a tous maintenant en nous. Ann était au Palacium le soir du titre. J’imagine que c’était émouvant ?

Ann, bien sûr, que c’était émouvant, mais je n’ai jamais cessé d’être en contact avec elle et avec sa famille. On se téléphone tout le temps, on se voit souvent. C’est une amie, et une amie avec qui je discute fréquemment basket. C’est plus qu’une amie, c’est comme si on était de la même famille. D’ailleurs, toute l’équipe de 2015, c’est, comment dire, spécial. On ne s’est jamais vraiment éloignées. Il y a, bien sûr, celles qu’on revoit en championnat (Laeti, Gégé, Fati), mais les autres, que ce soit Megan, avec qui on reste en contact, Lorraine, qu’on est allé voir jouer, Katarina, qui est venue nous voir aussi, on ne s’est pas du tout perdues de vue. C’est une aventure humaine exceptionnelle et elle n’est pas finie. Ce groupe, je crois qu’il ne cessera jamais d’être lié. Mais, pour moi, Ann, c’est encore plus fort. Ça aussi, c’est passionnel.

A propos de passion un dernier mot sur les supporters ?

Les supporters, c’est simple : ça fait quinze ans que je suis au haut niveau, j’ai connu, à Valenciennes, à Arras, des bons supporters, mais comme à Villeneuve, je n’ai jamais vu ça. Une ambiance comme lors de la finale, ça ne se décrit pas. Mais au-delà, qu’il y ait des jours fastes ou des jours moins bons, ils sont toujours là et ils nous encouragent toujours pareil. Ça fait vraiment du bien, surtout quand on est dans le dur. Ils ne se fâchent jamais sur nous, c’est super. Et puis il n’y a pas qu’à domicile. A Charleville, je ne pense pas qu’on aurait réussi le hold-up s’ils n’avaient pas été là. Merci à eux, et merci de nous avoir fait vivre une finale comme ça. Ça a été magique. On a vraiment de la chance.

 

Jo Gomis : capitaine comblée et Guerrière passionnée. was last modified: mai 25th, 2017 by Marc Delgrange

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