On leur a dit que c’était impossible, alors elles l’ont fait

Mark Twain est resté célèbre pour ses aphorisme dont un des plus connus est « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait« . Ainsi s’écrivent les légendes et ce qu’a réalisé ce groupe de Guerrières, ce mercredi soir, va bien au delà du Basket. Cette version d’ « impossible n’est pas Guerrière » plonge ses racines au plus profond et au plus mystérieux de ce que peut la psychologie collective quand elle veut démentir les pronostics, quand elle veut démontrer que l’unité d’un collectif produit bien plus que la somme – pourtant déjà belle – de ses talents individuels. Pour cela, mesdemoiselles, pour la manière plus encore que pour la montagne renversée : merci ! Un Fred heureux, qui en a connu, des groupes soudés – on pense notamment à celui qui est allé gagner l’Eurocup dans les conditions qu’on sait – disait quand même à la fin du match qu’il « n’avait jamais vu une équipe aussi solidaire que ce soir« .

Nevena et la dynamique d’un groupe hors norme.

Ce groupe blessé de la cheville de Virginie a voulu lui dire « soigne toi sans crainte, on va tenir la baraque » (il accueillera néanmoins – c’est nécessaire pour traverser une période où les défis seront bi-hebdomadaires – dès demain un joker médical. Voir plus loin). Ce groupe, meurtri qu’une des siennes – Nevena, dont tout les partenaires comme le public ont exigé qu’elle conduise le clapping final – soit dans le doute qu’instille une période de non réussite, a voulu lui communiquer sa confiance et lui montrer son attachement. Et la magie qui plane sur ce sport si particulier, si dépendant d’une adresse millimétrique qu’il échappera toujours à toute certitude, a opéré.

La magie aussi du Palacium, un peu endormi samedi et en fusion dès le départ ce mercredi. Ce Palacium, emmené par Yoann et des Z’hurlants eux aussi en taille « exploit » a déjà connu de grands moments (les plus anciens se souviennent de grandes victoires passées contre le Dynamo Moscou, contre le Dynamo Kursk, pour n’en citer que deux). Nul ne contestera que cette victoire prenne rang dans ce panthéon. A chacun la liberté de faire, dans sa tête, sa hiérarchie des extases : c’est un bien beau souci d’avoir ce choix-là.

Car n’oublions pas que c’est une des plus fortes équipes de Bourges qu’on ait vu depuis bien longtemps qui s’est présentée ce soir dans l’antre de l’ESBVA-LM. Et elle va se charger de le faire savoir dès l’entame de match en menant rapidement 0/6, même si on note déjà une belle densité défensive des villeneuvoises. Fred s’agite sur la touche pour demander aux filles de prendre leur shoot, même si les tous premiers ne rentrent pas. Et il fallut attendre cinq minutes et vingt-sept secondes pour que Jo, sur un élégant mouve de toupie dans la défense, ressorte sur Joey qui trouve la cible à trois points. Pauline double la mise sur l’attaque suivante et ainsi, en deux flèches derrière le cercle, les locales sont revenues à égalité. Fred se permet de faire tourner son effectif (on se réjouira que toutes les filles aient pu au moins un peu participer à la fête, hormis Hélène qui sortait de presque quarante minutes remarquables avec les U20 – voir plus bas). Bien lui en a pris car le premier triple de Laetitia permet pour la première fois à la bande à Jo de prendre l’avantage, mais c’est dans une explosion de joie du banc et du public que Nevena l’imite immédiatement après. Joey s’active partout en défense, Aminata arrache un ballon au rebond à Alexia Chartereau  (!) et la première pause est atteinte sur un inespéré 17/11 pour des Guerrières qui ont rarement autant mérité leur surnom.  17 points dont cinq paniers à 3 points ! Question : « feu de paille ou soir de feu ? »

Un élément de réponse dès la reprise : un contre de Laetitia sur Chartereau et, dans la continuité, un triple de Jo. Marine Johannes lui répondra. Nevena puis Jo maintiennent le bateau ESBVA-LM a flot mais le vent se lève. A 2’20 de la mi-temps, Elodie Godin égalise à 27 sur lancer-Franc, puis Cristina Ouvina sur un 2+1 fait passer les siennes devant. On s’inquiète. Pas Pauline à trois points, ni Jo. La pause est atteinte sur un score de parité (32/32) et les questions qui, inévitablement, l’accompagnent.

Joey, Pauline Jo : brochette d’indomptables copines pour perf XXL

Et c’est à Cap’taine Jo de montrer la réponse, d’un triple en solo. Joey joue les opportunistes au rebond et Pauline continue à faire trembler la défense, alors que l’attaque berruyère, sous pression de la défense villeneuvoise, est en panne. Katherine Plouffe rentrera le premier panier de son équipe à 5’50 ! Olivier Lafargue exhorte ses troupes au temps-mort mais un trou est fait au score. L’ultime pause est atteinte sur un 51/40 qui fait se frotter les yeux.

Restent dix minutes à tenir et les Tangos jettent toutes leurs forces dans la bataille. Le retour sur le parquet de Nevena les en empêche : un ballon volé puis un triple. Certes un raté, puis un triple d’Ouvina, puis une balle perdue qui donne une contre attaque, poussent Fred au temps mort à 4’18 de la fin et à 54/47, mais c’est là que Pauline rappelle qu’elle peut aussi faire la toupie en ligne de fond et que Joey réussit un démoralisant drive au buzzer. Et surtout, les Guerrières veulent leur victoire et se jetteront dix fois au sol pour gagner la balle s’il le faut. Nevena remet un triple lointain comme si elle ne doutait plus de rien, et il appartiendra à Jo (à nouveau top scoreuse à égalité avec Pauline) de conclure : 64/55. On leur avait dit que c’était impossible etc… etc… et ces filles ont l’élégance de ne pas mettre le doigt sur la bouche pour faire taire les sceptiques. Peut-être même ont-elles eu besoin d’être piquées. Qu’importe. Ce soir, elles sont juste toutes à leur joie d’une bande de copines qui viennent de faire un jouissif truc de ouf.

ESBVA-LM : 66 / Tango Bourges Basket : 55 (17/11 ; 15/21 ; 19/8 ; 13/15). 10/24 à trois points.  Jo Gomis : 16 pts, 4 assists ; Pauline Akonga : 16 ptsNevena Jovanovic : 13 pts, 6 rebonds ; Joey Leedham : 11 pts, 5 interceptions, 6 rebonds Mame-Marie Sy-Diop : 2 pts, 8 rebondsLaetitia Kamba : 6 pts Aminata Konate ; Rejane Verin ;  Marielle Amant ; Hélène Jacovljevic. A Bourges, à noter les 16 points de Katherine Plouffe, et les 11 rebonds de Valériane Ayayi.

Après avoir dit ce qu’il avait à dire sur les valeurs morales de son groupe, Fred a abordé un aspect plus basket avec un rien de réflexion atypique : « Quand on perd deux fois – lourdement – contre une équipe, il faut changer radicalement des choses pour la troisième rencontre. J’ai demandé aux filles des changements de défense qu’on n’avait, pour certaines, même pas eu le temps de répéter à l’entrainement. Je dois reconnaître que je n’étais pas sûr que ça marcherait, mais elles ont su le faire. On n’a même pas travaillé sur les systèmes de Bourges. Quand on est coach, parfois on se donne bonne conscience en passant du temps sur les systèmes de l’adversaire, mais ce n’est pas toujours ça qu’il faut faire. On a fait, par contre, beaucoup de vidéo – et j’en profite pour remercier mon assistante Ljuba pour l’énorme travail qu’elle a fourni – pour que chacun comprenne ses erreurs et les corrige. Les filles ont été super réceptives à ça. »

Info équipe : Pour pallier à l’absence durant plusieurs semaines, de Virginie Brémont, l’ESBVA-LM s’est attachée les services de Joyce Cousseins-Smith, meneuse française bien connue des parquets LFB qui a évolué notamment, ces deux dernières années à Saint-Amand. Elle partagera la mène avec Aminata, permettant à Jo de retrouver progressivement son poste de prédilection sur l’aile. Elle sera à l’entrainement ce jeudi et devrait faire ses premières minutes samedi à Charleville.

Autres résultats de cette 6ème  journée d’Euroleague : Koursk 102/Galatasaray 45 ; Sopron 71/Prague 79 ; Braine 83 /Polkowice 76. Voir classement.

Ce groupe donc, a montré qu’il faudrait compter avec lui. Actuellement quatrième de la poule d’Euroleague avant de se rendre mercredi prochain à Galatasaray pour le dernier match aller, il va maintenant attaquer une tranche de matchs particulièrement lourde à digérer en championnat LFB. Ca commencera samedi à Charleville-Mézières, avec le soutien de nombreux Z’hurlants. Il faudra, n’en doutons pas, montrer rien moins que cette détermination-là.

A noter que, en lever de rideau du match des « pros », les U20 de l’ESBVA-LM se sont, elles aussi, imposées à l’arraché face à leurs homologues de Bourges : 59/57.

Photos Emmanuel Roussel.

On leur a dit que c’était impossible, alors elles l’ont fait was last modified: décembre 1st, 2017 by Marc Delgrange

Comments are closed.

Translate »