Un souffle retrouvé mais des Flammes plus constantes

Chaque match est un tout qui contient des vérités multiples, parfois contradictoires. Mais il y a toujours un ou deux enseignement dominants. La défaite contre les Flammes de Charleville-Mézières a d’abord une conséquence d’ordre comptable : sauf miracle improbable ou enchaînement catastrophique dans les deux dernières journées, les Guerrières finiront cette saison régulière à la troisième place. Comme l’an dernier. Et, même si l’heure d’été des bilans n’a pas encore tout à fait sonnée, n’oublions pas que cette place eût été regardée comme un objectif ambitieux en début de saison.

Joey, rassurante, Nevena, solide et Pauline, efficace n’ont pas suffi

Mais il y a un deuxième enseignement de la soirée, et c’est celui là que Fred a voulu pointer par la formule « j’ai retrouvé mon équipe » : les Guerrières ne sont pas mortes. Cette défaite n’a, en effet, rien de commun avec les grosses déceptions de Tarbes ou de Nantes. D’abord parce que les Flammes Carolo de cette année sont d’un tout autre calibre, ensuite parce que l’équipe a, sans conteste, livré sa meilleure prestation depuis la victoire contre Hatay en quart de finale d’Eurocup. Il est toujours difficile de comprendre les mécanismes d’une métamorphose, mais on peut au moins en soupçonner deux. On croit savoir que les filles se sont beaucoup parlées cette semaine et ont sans doute tenu à démontrer leur capacité à se prendre en charge. L’autre facteur, pas si éloigné d’ailleurs, était la bonne surprise de l’échauffement : le retour sur le terrain de Joey Leedham, certes peut être pas encore au top de sa condition physique, mais auteure, quand même, de trois triples et oh combien importante dans la dynamique du groupe.

On ajoutera une dernière satisfaction : pour la quatrième fois de la saison, le Palacium a joué à « guichets fermés » et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a répondu présent pour offrir à tous les protagonistes une superbe soirée d’un basket de haut niveau.

Car tout cela n’a pas suffi pour conduire à la victoire finale. C’est qu’il y avait un adversaire et pas n’importe lequel, et beaucoup de commentaires, à la fin de la rencontre, au vu de l’effectif visiteur et du jeu produit pointaient qu’au fond, l’ordre (probablement) final de la saison régulière – Bourges/Charleville/ESBVA-LM – était logique, voire, au vu de quelques autres effectifs (on pense à Lyon ou Montpellier, notamment), un bon résultat pour le club villeneuvois. Reste que beaucoup ne pouvaient s’empêcher d’ajouter que, si Jo et ses coéquipières avaient, à Tarbes et Nantes, livré les mêmes prestations que ce soir elles seraient bonnes deuxièmes aujourd’hui. Mais l’archipel des « si » est un mirage aussi vain que douloureux.

Fred et ses filles l’avaient emporté à l’aller dans les Ardennes, mais face à un groupe où n’évoluait pas encore leur exceptionnelle shooteuse Kaleena Lewis, qui avait une revanche à prendre au Palacium (on se souvient qu’elle rata, en demi finale 2017, le shoot au buzzer qui eût peut-être tout changé) et qui ne s’en priva pas. Cette deuxième manche prit la forme d’une valse à plusieurs temps, telle que l’aurait chanté Brel pour deux équipes qui ont en commun la frontière belge.

Lewis et Filip ont fait bien des soucis aux Guerrières

Premier temps : vingt-sept minutes de danse en corps à corps entre deux formations appliquées, en attaque et surtout en défense, d’où un score serré et qui grimpe lentement. 14/14 à l’issue de dix minutes marquées par l’efficacité offensive de Pauline, à laquelle répond déjà, à l’extérieur, Lewis, épaulée par Sara Chevaugeon. Marqué aussi par l’entrée sur le terrain de Joey qui, sur son premier shoot extérieur, trouve la cible. 32/33 à la mi-temps, avec des bons passages de Virginie (dont un drive à final acrobatique) et Mame-Marie. A la reprise, le scénario se maintient. Nevena permet aux nordistes de repasser devant. A la vingt-sixième minute, une action emblématique de la combativité des Guerrières voit Marielle prendre trois rebonds offensifs de suite pour finir par ressortir sur Joey qui score. 39/38 alors pour villeneuve. Début de fugue ? Hélas. Fin du premier temps de la valse.

Deuxième temps : le trou noir villeneuvois. Non qu’elles aient baissé les bras, mais parce que, sur ces trois minutes, Charleville a été plus dense, moins brouillon. L’enchaînement des locales est éloquent : perte de balle aux 24 secondes + deux lancers francs ratés + une balle perdue bêtement + nouvelle perte aux 24 secondes. Pendant ce temps, Lewis et Chevaugeon continuent à aligner les trois points, et Amel Bouderra ajoutera sa touche au buzzer : 39/48 à l’ultime pause, soit un 0/10 en forme de coup de massue. On espère la fin de ce deuxième temps mais il durera encore plus de deux minutes avec des ratés dessous et un écart qui monte à 39/53, jusqu’à ce que Jo, peu en réussite jusque là, d’un triple, sonne une fin et un début.

Troisième temps : le rush des Guerrières. Il sera conduit par tout un groupe qui montre son caractère, notamment en défense qui devient féroce, et incarné au score par Mame-Marie et Pauline qui ramènent leur équipe à -3. La fébrilité gagne les rangs ardennais. Lewis, puis Filip ratent des inratables. L’exploit parait possible, d’autant que Valériya  Berezhynska hérite de sa cinquième faute. Se produisent alors deux faits dont on mesurera plus tard l’importance ou le symbole. Un triple de Pauline non validé pour un tout petit dépassement du temps au moment du shoot, puis un triple de Virginie qui tourne autour du cercle… et choisit de ressortir. On ne le mesurera qu’après, puisque la chevauchée villeneuvoise continue avec un ballon volé par Virginie qui finit entre les mains de Jo pour son deuxième triple. 53/55 à 2’28 de la fin. Tout est possible et, à cet instant même, le point-average particulier est villeneuvois, ce qui eût pu avoir de l’importance.

Ce qui eût pu mais les amateurs du grand Jacques savent qu’il a inventé la valse à quatre temps qui s’offre encore le temps de s’offrir des détours. Et ce dernier sera fatal, porté notamment pas l’ex-Guerrière Ana-Maria Filip (ex Cata-Chittiga pour les anciens du club…), qui inscrit deux paniers assassins au plus mauvais moment. Côté Villeneuve, la précipitation, nécessaire pour endiguer le chrono, s’avère, comme souvent, contre-productive.  Un dernier tir de Jo qui gamelle. La musique s’arrête à 55/63. Le bal était bien beau, le courage et le talent également partagés, mais l’équipe qui a fait preuve du plus de constance l’a emporté.

ESBVA-LM : 55 / Flammes Carolo Ardennes : 63 (14/14 ; 18/19 ; 7/15 ; 16/15). 39 rebond à 38 ; 14 passes décisives à 15 ; mais 33% aux shoots contre 43. Pauline Akonga : 15 pts (26′) ; Mame-Marie Sy-Diop : 11 pts (29′) ; Joey Leedham : 9 pts (24′) ;  Nevena Jovanovic : 8 pts (19′) Jo Gomis : 6 pts, 4 assists (32′) ; Virginie Brémont : 4 pts, (26′) ; Marielle Amant : 2 pts, 6 rebonds (18′) ; Laetitia Kamba (12′)  ; Joyce Cousseins-Smith : (13′) ; Aminata Konate ; Hélène Jakovljevic. Côté Flammes, on notera les 19 points avec 5 triples de Kaleena Lewis.

Autres résultats de cette vingtième journée : Basket-Landes 75 /Mondeville 55 ; Lyon 41 /Bourges 63 ; Montpellier 79 /Nice 59 ; Tarbes 74/Nantes 56 ; Roche-Vendée 82 /Hainaut 83. Voir classement.

Photos Emmanuel Roussel

L’ESBVA-LM terminera donc probablement troisième, comme l’an dernier, avec la perspective éventuelle (à condition de ne pas se louper avant), de retrouver les Flammes Carolo en demi-finale, comme l’an dernier, qui auront l’avantage du terrain pour l’éventuel troisième match, comme l’an dernier. Il serait tentant de souhaiter aux Guerrières la même réussite que l’an dernier, mais comme on dit justement, « comparaison n’est pas raison ». A chaque saison sa vérité, et seuls les playoffs qui débuteront très probablement le mercredi 25 avril au Palacium, nous la révéleront. D’ici là, charge aux Guerrières d’assurer et surtout de montrer sur les deux dernières rencontre (samedi à Basket-landes et le 14 à Lyon) qu’elles peuvent rester sur cette dynamique.

Une seule équipe du Centre de Formation jouait ce week-end : les U18 se sont inclinées face au Hainaut-Basket : 45/62

Un souffle retrouvé mais des Flammes plus constantes was last modified: avril 2nd, 2018 by Marc Delgrange

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